normaux&anormaux 

Pédé, gouine, sado, pédophile… Les gens ont tendance à cataloguer les autres et à se cataloguer eux-mêmes selon leurs préférences sexuelles. C’est une chose regrettable. En effet, un tas de choses portent à croire que le fait de cataloguer les gens comme pédophiles, frotteurs, masturbateurs, adeptes de l’urolagnie, ou scatophages, est une erreur et repose sur un malentendu. 

 

Toutes ces catégories ont été créées – avec les meilleures intentions du monde- par des médecins et des psychologues, mais en fait il s’agit d’aspects de comportements sexuels qui sont universels. A cause de la pression exercée sur tous les individus pour être ‘normaux’, beaucoup de gens éprouvent des sentiments de culpabilité et d’angoisse par rapport à certains comportements, désirs, ou phantasmes dont on pense qu’ils sont déviants par rapport à ce qui est considéré comme ‘normal’. La plupart des gens arrivent à accepter ces angoisses, et les gardent pour eux-mêmes. Ils forment la majorité de la population, ce qu’on appelle les gens ‘normaux’.

 

Etre anormal

Par contre, certaines personnes ont tellement le sentiment d’être anormales qu’elles attachent une importance disproportionnée à un seul aspect de leur comportement sexuel et pensent qu’il s’agit d’un aspect essentiel de leur personnalité. La littérature médicale et psychologique, ainsi que la pratique thérapeutique, les confortent dans ce sens. Au lieu d’essayer de diminuer les angoisses et les sentiments de culpabilité, les médecins et les psys essayent de ‘guérir’ les gens qui ont le sentiment d’être ‘déviants’. A différentes époques, on a expérimenté avec diverses méthodes de ‘guérison’ (il y a cent ans, on voulait contraindre les gens à ne plus se masturber, plus récemment les homosexuels étaient victimes de tentatives de ‘guérison’, et aujourd’hui, ce sont surtout les pédophiles qui sont dans le collimateur des ‘guérisseurs sexuels’) destinées à changer les préférences sexuelles de certains individus.

Le véritable problème des gens qu’on traite d’anormaux n’est pas leur orientation sexuelle, mais leurs angoisses et leurs sentiments de culpabilité. Ils éprouvent des sentiments plus ou moins forts de mécontentement, de dépression, de maladresse sociale… en fonction du degré de tolérance de leurs comportements et de leurs désirs par leur entourage. En fait, beaucoup de comportements sexuels considérés par notre société comme ‘anormaux’, ne sont que des extensions de notre répertoire de comportements sexuel normaux et en tant que tel, ils méritent d’être considérés positivement au lieu d’être réprouvés, guéris, voire criminalisés. Cette approche est très importante dans ce qu’on appelle la ‘réforme sexuelle’. L’émancipation sexuelle ne pourra se faire qu’à partir du moment où tout un tas de désirs et de comportements seront ‘normalisés’, entraînant automatiquement l’abolition des catégories sexuelles.

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